Atelier
Les chaussures aux 12e et 13e siècles
Au XIIe siècle, les chaussures sont encore de fabrication assez simple : juste une semelle de cuir épais et une tige (la partie supérieure) en cuir souple. La forme est assez grossière et s'adapte au pied avec un système de lassage autour de la cheville. Voici un exemple de chaussure portée dès le 11e et jusqu'au 13e.
Au XIIIe, on voit apparaitre quelques petits changements. Dans la fabrication tout d'abord. Une nouvelle pièce, la trépointe, fait son apparition (voir plus loin). Son rôle est de rendre la chaussure plus étanche et de protéger la partie basse de la tige qui peut être en contact avec le sol. Ensuite, la forme de la chaussure devient plus proche du pied, plus morphologique. Enfin, de nouvelles formes de fermeture apparaissent : le lassage sur le coté par exemple. Le lassage autour de la cheville continue à être employé jusque quasiment la fin du 13e. Voici un exemple de chaussures portées dès la fin du 12e et jusqu'au milieu (voire fin) du 13e.
Généralités sur l'assemblage
Les chaussures sont cousues "retournée", c'est à dire qu'on les coud sur l'envers et qu'ensuite on les retourne sur l'endroit comme une chaussette.
Au XIIe, la chaussure est composée d'une semelle de cuir épais et d'une tige en cuir fin. Le schéma ci-contre présente l'assemblage de ces 2 éléments (la chaussure est ici présentée à l'endroit).
La couture transperce la tige de part en part, entre dans la semelle sur la tranche et ressort sur le dessus de la semelle. L'assemblage des pièces est généralement réalisé grâce à un point de sellier.
Au XIIIe, on voit apparaître une nouvelle pièce : la trépointe. Cette pièce assure une meilleure étanchéité de la chaussure et protège la partie basse de la tige qui peut être en contact avec le sol. Le schéma ci-contre présente l'assemblage de ces 3 éléments.
La trépointe apparaît au début du 13e, mais n'est pas encore très utilisée. Son utilisation se généralise et devient systématique vers le milieu du siècle.
Au 14e, une seconde semelle sera fixée à la trépointe, comme on le voit sur le schéma ci-contre, mais le 14e, c'est de la science fiction !
Fabrication
15-20 euros
6 heures
hommes d'armes, civils (hommes ou femmes)
Fin 12e, 13e.
Cuir épais pour la semelle (croupon ou collet tanné végétal, de 4mm minimum).
Cuir tanné végétal fin pour la tige (2-3 mm).
Découpe
Avant de commencer, il vous faut du cuir de 2 natures différentes. Pour la semelle, un cuir de 4mm d'épaisseur minimum. Du collet tanné végétal, ou mieux encore, du croupon tanné végétal. Pour la tige, un cuir tanné végétal de 2 à 3 mm d'épaisseur.
Tout d'abord, on va réaliser un gabarit en bois de la semelle. Il permettra de découper la semelle mais sera également utile pour réaliser la tige.
On commence donc par poser son pied sur un morceau de bois assez épais (15mm minimum) et on trace le contour du pied. Pour plus de confort, ajouter 5 mm au niveau des orteils.
Ensuite, un petit coup de scie sauteuse et on obtient le gabarit avec lequel on découpe une paire de semelles. Sur le bois, faites un petit repère au niveau du gros orteil (le trait noir sur la photo). Faite un repère au même endroit sur les semelles, sur l'envers du cuir. Ce repère servira a remettre correctement face à face la semelle et la tige pour débuter la couture.
Pour la découpe de la tige, c'est plus compliqué.
Poser le gabarit en bois sur un support permettant de le surélever. Poser la semelle de cuir correspondante dessus et enfin votre pied. Maintenant, le jeu consiste à couvrir votre pied avec une pièce de cuir fin. Vous allez pour cela découper une pièce grossière dans le cuir que vous allez ensuite ajuster sur le pied en fixant le cuir dans le gabarit en bois. Vous pouvez utiliser des clous, des punaises ou des agrafes pour ce faire.
Vous devez obtenir une seule pièce dont la jonction se trouve à l'intérieur du pied au niveau de la malléole. Au niveau des orteils, vous allez avoir des plis sur le cuir, c'est inévitable. Essayez cependant de les réduire au maximum.
Une fois ajusté, vous devez avoir quelque chose qui ressemble à la photo de gauche (la forme du haut de la chaussure est encore très approximative et sera corrigée plus tard).
Enlevez la semelle de cuir et faites un tracé sur le cuir de la tige à l'intérieur au niveau du gabarit. Ce tracé représentera votre ligne de couture. Faites un repère sur l'envers du cuir au niveau de la marque sur le gabarit. Vous pouvez détacher le cuir du gabarit (vous avez probablement déjà commencé pour pouvoir tracer) et découpez l'excédant de cuir à 3mm du tracé (vers l'extérieur). Laissez un peu de marge au niveau de la jonction (en A et B). Vous ajusterez une fois la couture avec la semelle terminée.
Sur la photo, on voit bien les repères du gros orteil sur les 2 pièces et la ligne de couture sur la tige.
Vous êtes prêt pour l'assemblage !
Assemblage
Il faut commencer par percer la semelle. Sur l'envers, faites un tracé à 3mm du bord qui représente votre future ligne de couture. Ensuite, faire les trous avec une allène. Ici les trous ne se font pas de part en part, mais à 45 degrés : on commence le trou sur la ligne qui vient d'être tracée et on ressort sur le bord du cuir, à raz de la fleur (la surface noble du cuir).
Inutile de faire des trous sur la tige. Avec des aiguilles pointues et du cuir fin, ca ne pose pas de problèmes. De plus, il est difficile de faire coïncider les trous à l'avance lorsque l'on coud sur une surface arrondie.
On peut maintenant commencer la couture. N'oubliez pas que la couture se fait sur l'envers.
Faites correspondre les 2 repères de la tige et de la semelle et commencez à coudre en partant de ce repère. Faites une couture de sellier (avec 2 aiguilles). Pour arrêter la couture, faites 3 points en arrière et coupez le fil au raz. Inutile de faire un noeud, c'est normalement très solide. À droite, la couture déjà bien avancée.
La couture terminée :
Il ne reste plus qu'à retourner la chaussure. La meilleure méthode (celle qui abime le moins le cuir) est de retourner le cuir à sec. C'est très difficile, préparez-vous à 1/2 heure de transpiration et de jurons ! De plus, cela met les coutures à rude épreuve.
Personnellement, je trempe la chaussure dans de l'eau tiède et je retourne ensuite. C'est beaucoup plus facile, mais le cuir a besoin d'être nourrit ensuite. J'en profite également tant que la chaussure est mouillée pour la porter afin qu'elle se fasse facilement à mon pied. C'est pas très agréable, mais ça permettra à la chaussure d'être plus confortable ensuite.
Il n'y a plus qu'à attendre que la chaussure sèche et à passer aux finitions (sur la photo ci-contre, la chaussure après avoir été retournée).
Finitions
La première chose à faire est de finaliser la forme du haut de la chaussure. Mettez la chaussure et vérifier si l'allure générale correspond à ce que vous souhaitez. Découpez au besoin pour affiner la forme. Découpez élagement le surplus de cuir au niveau de l'ouverture latérale. Faites en sorte que la chaussure vous serre bien la cheville lorsque que les 2 bords de l'ouverture sont bord à bord.
Pour le modèle qui nous interesse ici, la fermeture de la chaussure se fait avec un lacet sur le coté. Il faut donc pratiquer des trous à l'emporte-pièces à 1 cm du bord et tous les 1,5 cm au niveau de l'ouverture latérale. Découpez un lacet de 3mm de large dans le cuir épais et il ne vous reste plus qu'à lacer la chaussure.
Enfin, il ne reste plus qu'à passer une ou plusieurs couches d'huile de lin (ou mieux encore, de l'huile de pied de boeuf que l'on peut trouver au rayon équitation des magazins de sport par exemple) sur le cuir. Cela donnera une belle teinte caramel à la chaussure et lui redonnera de la souplesse après son passage à l'eau tiède. Vous pouvez également passer une couche d'imperméabilisant pour finir. Pas très historique, mais cela permet d'éviter la formation de traces disgracieuses en cas de pluie ou de sol humide. Si vous avez une méthode plus historique, je suis preneur !
Une dernière option non historique : la pose d'une semelle moderne sous la chaussure. Cela permet d'éviter d'user trop rapidement celle-ci sur les sols modernes (bitume, ciment, etc). Vous pouvez demander celà à votre cordonnier du coin. Comptez 20 euros tout de même. Si vous ne voulez pas de semelle moderne, vous pouvez également coller une seconde semelle en cuir qui pourra être changée au besoin.
Sources et références